Saturday, December 08, 2007

Le Venture Capital: la realite derriere le mythe

Apres plusieurs annees passees a aider des entrepreneurs dans les differentes phases de leur developement, et donc entre autre sur des levees de fond, je suis maintenant convaincu que le model VC est devenu victime de son propre succes:

- Trop d'argent a gerer et pas assez de temps: ils se retrouvent a embaucher des gens pour faire le suivi sur des deals, des gens brillants sans doute mais qui n'ont pas souvent une experience de ce qu'est l'entrepreunariat, et qui ont tendance du coup a se raccrocher a des tableaux de bord et des ratios pour essayer de comprendre ce qui se passe. Une option plutot risquee en realite.

- Trop d'argent qui fait que les montants minimum investis sont de plus en plus eleves: en 2006 aux US l'investissement minimum moyen est passe de 5.9M$ a 6.2M$, et les VC n'ont investi que dans 700 "jeunes pousses" pendant que les investisseurs particuliers (angels) investissaient dans la meme annee dans plus de 50.000 de ces jeunes pousses. Beaucoup d'argent, des gros cheques et donc sur des tours qui arrivent plus tard dans le developpement de la societe, et sur lesquel les retours ne peuvent pas facilement etre aussi bons. Quelles sont les chances de multiplier la mise par 10 quand on intervient sur une serie C?

- Au dela des retours mis en avant par la presse sur un deal ou un autre, les resultats ne sont plus vraiment la non plus: les VC annoncent la couleur puisqu'ils reconnaissent que sur 10 deals, 3 societes donneront des retours bons voire excellents, 3 survivront juste, et 4 mourront. Pire, les statistiques sur les entreprises les plus performantes confirment que les VC ne sont pas vraiment dans la course: parmi les Top 500 companies de Inc Magazine (entreprises avec les plus forts taux de croissance - gazelles), en 2006 seulement 7% de ces entreprises ont recu un investissement VC ou private equity (investissement de plus de 1M$). Et donc 93% de ces entreprises a forte croissance ne sont jamais passees, ou n'ont pas ete retenues, par les VC.

- Les VC eux meme sentent le malaise: lever des fonds aupres des institutionels devient de plus en plus dur, et le travail a la sortie devient un travail de comptable qui n'a plus vraiment le gout et l'energie d'une creation d'entreprise (ce qui attirait a mon avis a l'origine les VC, ceux de la veille ecole). On se retrouve donc dans un monde de financiers, avec ces MBA brillants et arrogants qui n'ont plus vraiment le sens de ce qu'est la creation d'entreprise)

Quel avenir dans ce contexte?


Pendant que les VC semblent s'egarer, la communaute des angels se developpe et represente une vraie force economique:

- Le montant total des investissements d'angels est environ equivalent au montant total des investissements VC chaque annee, mais les fonds proviennent de 250.000 a 300.000 individus qui investissent des montants plus petits dans un nombre de deals beaucoup plus grand. Et la bonne nouvelle est que ca marche: si on reprend les 93% des gazelles repertoriees par Inc Magazine, elles n'ont recu en moyenne que 75k$ d'investissement initial. Un chiffre qui est tout a fait a la portee des angels, qui sont donc bien places pour profiter de ces opportunites.

De plus en plus de groupes d'angels se forment, qui leur permettent d'etaler le risque individuel et de se repartir le travail de due diligence et de suivi sur les deals. Des fonds se creent, qui s'adossent a ces groupes d'angels pour en augmenter la capacite d'investissement quand c'est necessaire.


- Les angels sont en general sur les bons coups: je n'ai pas de chiffre la dessus mais j'ai entendu de la bouche d'un VC que les meilleurs retours qu'il avait eu etaient sur des deals qui avaient ete amenes par des angels plutot que par d'autres VC. On voit d'ailleurs certains fonds de VC revenir vers les jeunes pousses avec des programmes de prets comme chez YCombinator ou comme le programme Quickstart de Charles River Venture.

Et donc pendant que la presse continue a mettre en avant les bons coups des VC (les belles histoires comme celle de Yahoo, Google ou Skype), le vrai travail de financement de creation d'entreprise est fait ailleurs par les angels.



Au dela de l'aspect financier, je pense que la difference vient aussi du fait qu'on parle d'individus qui souvent contribuent leur experience et leurs connections, et aident l'entrepreneur en intervenant de facon plus directe dans l'aventure. Des gens qui investissent dans des gens, quelque chose qui rappelle un peu l'esprit Peer-to-Peer sur lequel la communaute Open Source a su si bien capitaliser, mais applique maintenant a la creation d'entreprise. Ma conviction est que ce mode de fonctionnement represente l'avenir, qui vivra verra :-)


PS: un grand merci a mes amis Alberto et Jean-Xtophe de Melcion Chassagne et Cie pour le travail de recherche qu'ils ont fait sur les chiffres presentes dans ce post.

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